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Lors d’une visite qu’il effectua à Budapest au cours de l’hiver 1883, Johann Strauss y rencontra l’écrivain hongrois Mór Jokai qui venait de publier une nouvelle intitulée Szaffi. Oeuvre romanesque et pittoresque à souhait, sur fond de lutte contre l’occupant turc. L’oeuvre plut au compositeur viennois qui décida d’en faire une opérette (encouragé pour ce faire par Liszt). Pour en réaliser le livret, le choix se porta sur le journaliste viennois Ignaz Schnitzer, entre autres traducteur du poète Sándor Petőfi.

Créée à Vienne en octobre 1885, l’oeuvre, donnée sous le titre de Der Zigeunerbaron, remporta un succès tel qu’elle fut pratiquement jouée deux fois d’affilée, chacun de ses airs ayant été bissé. Ceci en présence de l’empereur François-Joseph qui, contrairement à son habitude, assista jusqu’au bout à la représentation. Située à mi-chemin entre opéra et opérette, l’oeuvre, non dédaignée par les plus grands chefs (Karajan, Weingartner, Kleiber, Harnoncourt) est restée aujourd’hui encore à l’affiche des plus grandes scènes du monde. Une oeuvre qui décrit la cohabitation des nationalités les plus diverses au sein de l’Autriche-Hongrie de l’après Compromis (K&K). S’y côtoient sans complexe csárdás hongroises, valses viennoises, polkas, mazurkas, choeurs de Bohémiens et autres airs et danses populaires. Il est vrai, revus à „la façon Strauss”, sans trop grand souci d’authenticité. Le tout sur une intrigue particulièrement touffue,  „un rien lâche, où l’on peine à saisir les enjeux essentiels” (1).  Peu importe. Voyons-y surtout prétexte à passer deux heures de détente dans une débauche d’airs et de costumes populaires sans trop chercher à aller plus loin (2)

Connaissant le metteur-en-scène Miklós Szinetár (qui l’avait déjà produite par le passé, mais en plein air (3)), on pouvait s’attendre à un spectacle de qualité. Qu’en fut-il? Tout d’abord, le cadre: un charmant décor d’époque évoquant une fête foraine, avec au centre un grand manège servant de scène tournante. Le tout dans de beaux costumes mis en valeur par de beaux éclairages.

Le rôle principal incombant aux choeurs, à l’orchestre et, bien sûr, aux danseurs. Tous, choeurs, orchestre et danseurs, excellents. Pour le reste, une musique entrecoupée de dialogues sur un texte en grande partie réécrit à destination du public hongrois. Des dialogues malgré tout un peu longs avec des interventions non prévues dans le texte d’origine. Souvent pour y apporter une touche d’humour. Telle cette longue apparition au troisième acte de l’impératrice Marie-Thérèse qui, fort surpise, s’entend complimenter un certain Johann Strauss dont „on reparlera plus tard” et à qui l’on présente un jeune pianiste débutant de Salzbourg prénommé Wolfgang (rires dans la salle). Certes, mais un peu long, tout cela, et ralentissant quelque peu l’action. Car le Baron tzigane n’est pas une pièce et les chanteurs d’opéra ne sont pas forcément les meilleurs acteurs pour jouer du thèâtre. D’où par moments cette impression d’un texte récité, déclamé, manquant quelque peu de spontanéité.

Cette réserve mise à part, ce fut un charmant spectacle et le public - directement concerné, l’action se déroulant en grande partie dans l’ancien royaume de Hongrie (4) -  fut emballé. Quant aux chanteurs, on retiendra surtout le nom d’Ildikó Szakács, parfaite dans le rôle de la belle Szaffi (son partenaire, dans le rôle de Barinkay, me semblant un peu en retrait). Avec un temps fort sur la fin du dernier acte où les danseurs se succédèrent sur scène pour y interpréter avec beaucoup d’habileté et de charme les danses des différentes régions de l’empire (5). Une scène au rythme effréné qui fut particulièrement applaudie par un public enthousiaste. Non sans un clin d’oeil au passage au Beau Danube bleu (le fleuve étant censé réaliser un trait d’union entre tout ce beau petit monde...).  

Certes, Strauss n’est ni Wagner, ni Verdi. Soyons-en d’autant plus reconnaissants aux programmateurs de l’Opéra de Budapest d’avoir inscrit cette oeuvre au répertoire. Ce qui n’était pas de trop pour nous procurer, entre deux et en ce début de printemps, un petit sourire et un léger souffle de fraîcheur bienvenu. 

 

PW – 26 mars 2017

 

 

 

(1): Piotr Kaminski „Mille et un  opéras”.

(2): d’aucuns y voient un message politique: célébration de l’empire multinational ou, au contraire sa critique satirique (Harnoncourt). Si l’auteur hongrois Jokai était effectivement politiquement engagé (en faveur du Compromis), nous avons peine à y voir une telle intention chez le compositeur, sinon un geste de flatterie à l’égard de l’empereur et une vision quelque peu simpliste et innoncente de tout ce beau monde .  

(3): Festival d’été de Szeged, 1967.

(4): l’action se déroule sous le règne de Marie-Thérèse dans le Banat de Temesvár (Timişoara) aux confins de la Transylvanie et de la Serbie.

(5): un empire où l’on parlait non moins de douze langues et pratiquait neuf religions...

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