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Pour commencer, prenez une mer déchaînée, faites-y naufrager un navire. Quant aux pirates de la coque de noix fracassée, faites les miraculeusemnt échouer sur un rocher. Puis transposez ce beau petit monde sur un marché aux esclaves, toutes plus ravissantes les unes que les autres, où vient s’approvisionner un riche pacha. Pour la suite: enlèvement et vente de la belle par les pirates sans scrupule au pacha amoureux, libération (par son amant, le corsaire, héros de l’histoire). Re-enlèvement, re-libération, happy end. Le tout assaisonné en alternance de rixes et danses populaires, sans oublier l’incontournable danse des fleurs. Servez le tout sur une musique d’Adolphe Adam et une chorégraphie de Marius Petipa. Cela donne un ballet, „Le Corsaire”.

Un Corsaire souvent critiqué pour son intrigue jugée par d’aucuns absurde (pourtant inspirée d’un poème de Byron). Mais après tout, qu’importe la logique de l’intrigue, pourvu qu’elle soit prétexte à nous offrir un beau spectacle de danse. Un ballet aujourd’hui rarement joué et pourtant chaleureusement accueilli lors de sa création parisienne en 1856, suivie de nombreuses reprises, notamment sur la scène de Saint-Petersbourg.

A Budapest, le Corsaire n’avait encore jamais été donné. L’avoir programmé était donc une heureuse initiative, comme en témoigne le succès obtenu. Pour cette production, la chorégraphie initiale de Petita et Serguéïev a été revue et complétée par celle qu’Anne-Marie Holmes avait conçue en 1997 pour la scène de Boston (ici adaptée par Tamás Solymosi, directeur du ballet). Quant à la partition, elle a également été largement remaniée par l’apport de compléments, dont un célèbre passage (pas de deux) écrit par Léo Delibes.

         

Un spectacle auquel je me suis donc rendu, bien volontiers, mais sans un enthousiasme effréné, gardant le souvenir d’une représentation donnée par la troupe du Kirov, charmante et de qualité, certes, mais sans plus. Une fois de plus, je n’ai rien eu à regretter, bien au contraire. Un spectacle en tous points parfait. Tout d’abord par ses décors et costumes somptueux, mais aussi et surtout par la remarquable prestation des danseurs. Une troupe de l’Opéra de Budapest où figurent entres autres plusieurs danseurs et étoiles issus de l’école russe. Avec notamment une Elisaveta Cheprasova éblouissante dans le rôle de la belle kidnapée (Médora). Les autres n’étant pas en reste. Le tout sur un  rythme enlevé, sans temps mort, faisant habilement alterner sans coupure scènes et ambiances de caractères très divers, tantôt empreintes de charme (danse des fleurs du 3ème acte), d’exotisme (danses palestiniennes, danses algériennes, danse des odalisques), de romantisme ou au contraire de violence. Le tout pimenté d’un zeste d’humour bienvenu pour détendre de temps à autre l’atmosphère (rires dans la salle). Humour déployé aux dépens du Pacha, traité en personnage plutôt benêt, un peu à l’image d’un Bourgeois gentilhomme ou d’un Falstaff.  Quant à l’intrigue, il est vrai un peu tirée par les cheveux et qui pourrait paraître confuse, elle a été ici rendue avec une parfaite clarté et une grande expressivité, facile à suivre (de nombreux enfants étaient dans la salle).

A la différence d’autres ballets infiniment plus réputés, nous étaient ici épargnés ces interminables pas de deux et danses en solo où chacun revient sans cesse sur scène pour nous faire admirer ses prouesses et acrobaties. Ici, rien de tel. Un équilibre parfait entre danses en solo, en duo, en petits groupes de trois ou avec tout l’ensemble, s’enchaînant sans interruption et sans trop s’attarder. Seule légère longueur: la danse des fleurs (jardin animé) du troisième acte, mais si charmante et délicieuse! Le tout rendu avec naturel, sans ce pathos ou souci de séduction quelque peu désuet que nous imposent souvent auteurs de ballets et chorégraphes. Seule petite réserve, et encore... Une partition sans véritable grande inspiration, mais légère, enlevée, bien rythmée, parfaitement adaptée au contexte.

Que dire de plus? Deux heures d’enchantement, à la joie d’un public apparemment séduit, à en juger par les longs applaudissement, bravi et rappels. Dont des amis parisiens de passage qui n’ont pas caché non plus le plaisir qu’ils y ont pris. Un amer regret, toutefois: après neuf représentations, données pratiquement d’affilée, l’oeuvre n’est plus programmée pour la saison en cours. Dommage!

PW – 2 mai 2017  

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